De l’Écomusée au Musée de la ville

Avec l’aménagement de la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines qui débutera dans les années 1970 par la mise en place des institutions (*) prévues par le législateur, la population va passer de quelques milliers d’habitants dans un espace essentiellement rural à une ville de 200 000 que l’on souhaite avec ambition construire à la campagne. Certes, dans chacune des communes (11 à l’époque, 7 ensuite, puis 12 en 2016) vivent des habitants de souche locale mais la grande majorité sont des « immigrés » venant de régions françaises et d’autres pays. Toutes ces communes ont une histoire qui remonte parfois à la préhistoire, histoire des hommes mais aussi celle de leur patrimoine. Nous avons le devoir de faire vivre celle-ci en rassemblant souvenirs, documents, témoignages du passé dont il ne faut pas faire table rase contrairement à ce que propose « l’internationale », vieux chant révolutionnaire qui lui aussi date une époque. Nous avons besoin de connaître ce passé et la façon dont nos ancêtres l’ont vécu. D’ailleurs déjà avec ces préoccupations, en 1966, Trappes réfléchit comment atteindre cet objectif et le service culturel de la ville préfigure une association qui finalement restera un service municipal à part entière. J’en redirai un mot dans un instant.

Alors que je suis Administrateur de l’EPA (*) et avant de le présider pendant 9 ans – le premier directeur général de l’EPA, Serge GOLBERG m’explique en 1975, ce qu’est un Écomusée, nouvelle approche de la muséographie. Il me précise qu’il a confié une réflexion à l’ÉCOMUSÉE DU CREUSOT – l’un des premiers créé en France (1972) – sur « le rôle du patrimoine naturel et culturel dans la prise de conscience du territoire et l’instauration du dialogue entre ruraux et citadins en zones pré-urbaines ». Il me démontre tout l’intérêt que présenterait pour notre ville nouvelle la création d’une telle entité. Bien que peu convaincu de la nécessité d’une ville nouvelle en région parisienne, vous comprendrez que je suis cependant tout de suite intéressé par cette proposition, d’autant que sous forme associative, elle envisage la participation des habitants, jeunes et vieux, des organisations locales et le soutien souhaitable des élus, ce qui correspond tout à fait à mon éthique.

J’ai l’occasion afin de mieux apprécier l’expérience en cours d’aller discuter avec les conservateurs du musée du Creusot Raymond BLANC et Sylvie MEURAUT de l’étude qu’ils ont entreprise. Je suis convaincu de la dynamique que peut offrir cette structure pour la région concernée par notre ville nouvelle et leurs populations actuelle et future et par ricochet pour la ville de Trappes.

Ces deux ethnologues nous rejoignent rapidement pour nous aider à rédiger et déposer les statuts de l’association de préfiguration de l’Écomusée. Avec eux et la collaboration de l’EPA aménageur, du SCAAN (*) gestionnaire des équipements, de l’APASC (Association de Promotion des Activités Culturelles) et bien sûr de certaines communes, nous constituerons une véritable équipe d’animation après des débats parfois contradictoires mais des décisions souvent consensuelles. Nous contacterons des enseignants et des historiens locaux, des urbanistes et des architectes aménageurs, des animateurs d’associations locales et des artistes, ainsi bien sûr que les élus responsables des secteurs concernés, mais également des citoyens intéressés par cette initiative. Grâce à tous, nous mènerons à bien les premières actions qui connurent tout de suite un succès certain (expositions, publications de documents, ateliers). Beaucoup d’entre eux sont encore présents parmi nous et toujours activement.

Dans les années 1980 avec le concours également de Raymond BLANC et Sylvie MEURAUT et les mêmes préoccupations est créée officiellement « Mémoire de Trappes » déjà évoquée qui œuvre depuis à faire vivre celle-ci, toutes générations confondues et collabore efficacement avec l’Écomusée. Dès la création officielle de celui-ci en 1977 un siège (logement d’enseignant de 3 pièces) fut même attribué par la municipalité de Trappes à cette nouvelle association dans l’ancienne école Jean-Jaurès désaffectée dans un quartier vieillissant. L’EPA l’installera à Élancourt plus confortablement dans les locaux restaurés par ses soins fin des années 70 de la Commanderie des Templiers. Dans le cadre de l’aménagement de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines, l’EPA avait demandé à l’État d’acheter les terrains en vue de sauvegarder cet ensemble historique menacé de démolition.

Le champ d’études à mener est vaste et ouvert. Dès sa création l’Écomusée entreprend de très nombreuses recherches dans tous les domaines comme le réseau hydraulique du plateau de Trappes en lien avec l’aménagement des eaux et fontaines de Versailles, l’agriculture et les fermes, les grandes activités scientifiques et économiques (la meulière, le chemin de fer, la météo…) et artistiques, l’historique des communes… Il en publie les résultats aux habitants de toutes la région par l’intermédiaire des catalogues ou plaquettes imprimés à l’occasion des  expositions. Il informe les médias de ses activités. Il publie dès 1986 une revue « Miroir » particulièrement riche mais malheureusement abandonnée après le numéro 6-7. Ne serait-ce pas une bonne idée de tenter d’en faire reprendre la publication ? Il organise des ateliers avec les scolaires sur le thème « Construire sa ville ». Il appuie même l’action de la municipalité de Trappes et de l’Amicale des locataires pour faire classer la Cité des dents de scie elle aussi menacée par un projet immobilier de l’OPIEVOY.

Car notre ÉCOMUSÉE, l’un des 7 premiers créés en France, n’est pas seulement un outil de mémoire. Son originalité réside surtout sur le fait qu’il travaille sur un terrain complexe d’expérience urbaine s’appuyant certes sur l’histoire du site mais avec des objectifs politico-économiques définis : le seul ÉCOMUSÉE à ma connaissance avec cette ambition. Mais ses moyens financiers demeurant modestes, ses objectifs parfois contradictoires, il sera finalement « communautarisé » en 1995 et deviendra le Musée de la ville, une structure sans doute plus classique dont les liens avec les populations sont peut-être moins évidents qui sera installée dans les locaux culturels du SAN (*). D’où pour poursuivre avec plus d’efficacité encore ses liens, la création de l’Association des Amis du « Musée de la Ville » en 2001 après la dissolution de l’Association de l’Ecomusée.

J’avais profité alors de cette circonstance pour proposer que la présidence de cette nouvelle association soit confiée à notre collègue et ami François NEVEU, ancien Maire d’Élancourt dont la disparition vient de nous affecter tristement. Notre assemblée générale nous permet opportunément de lui rendre un hommage combien mérité d’autant plus que le président Yves DRAUSSIN et le Conseil d’administration nous avaient suggéré il y a deux semaines à tous les deux nommés récemment présidents d’honneur des « Amis du Musée de la ville », de préparer et signer ensemble pour celle-ci une intervention évoquant la genèse de l’Écomusée avec nos propres souvenirs, mais malheureusement le destin ne lui a pas permis. Dédions-lui une pensée respectueuse. Merci de votre attention.

11 février 2015                                                                                 Bernard HUGO

(*) EPA : Etablissement Public d’Aménagement

(*) SCAAN : Syndicat Communautaire d’Aménagement de l’Agglomération Nouvelle

(*) SAN : Syndicat de l’Agglomération Nouvelle